Voyage dans le temps avec les « kommunalka »

Alors que les villes comme Saint-Pétersbourg et Moscou font rêver avec leurs églises colorées, leurs palais et leurs musées prestigieux, dans le centre-ville vous pouvez encore trouver des kommunalka. C’est un type de logement qui peuvent sembler bien curieux pour les européens. D’où viennent-ils ? Qu’est-ce que c’est ? C’est ce que vous allez découvrir dans cet article.

La kommunalka est un appartement communautaire en Union soviétique

Les kommunalka sont des appartements communautaires où vivent encore près de 10% de la population de Saint-Pétersbourg. Ils sont apparus juste après la Révolution de 1917, alors que de nombreuses usines se construisaient à Petrograd (nom de Saint-Pétersbourg à l’époque). Ainsi, il fallait loger les personnes venant de la campagne et les bourgeois possédaient de grands appartements au centre-ville. Ces grands appartements sont alors divisés, on laisse aux bourgeois anciens propriétaires deux pièces et on logeait d’autres personnes dans les pièces restantes.

Aujourd’hui, près de 90 000 personnes vivent encore dans un appartement communautaire à Saint-Pétersbourg. Ils sont en général restés à l’état d’origine de l’époque soviétique, ce qui permet une réelle immersion dans le quotidien d’un citoyen soviétique de l’époque. Lorsque vous vivez dans un kommunalka, vous possédez votre chambre pour toute votre famille (8 m² par habitant, quel que soit l’âge). Ainsi, toutes les générations se côtoient. En revanche, les sanitaires et la cuisine sont des pièces communes. Dans ces parties communes, un coin est aménagé par chambre. Si vous avez de la chance, vous avez votre cuisinière attitrée mais il est possible que vous la partagiez également. Tout ce qui est aliments et épices, savons et produits de toilettes, papier toilette sont individuels bien sûr. Il faut parfois faire la queue pour aller aux toilettes ou dans la salle de bain, ce qui rappelle une nouvelle fois l’époque soviétique.

Chaque kommunalka a son organisation, ses « règles ». Il y a un planning à respecter dans les tâches ménagères à effectuer dans les parties communes. Mais lorsqu’il y a des travaux à faire, se posent plusieurs questions : qui s’en occupe ? Qui règle la facture ? Habituellement, chacun règle une partie.

En général, c’est le type de logement que l’on loue avant de trouver un appartement individuel plus spacieux. Depuis les années 2000, ces appartements sont peu à peu rachetés par les agences immobilières notamment. Mais ces dernières années, le prix de l’immobilier a fortement augmenté, le rachat de ces chambres s’est donc ralenti. Il existe des subventions pour les personnes qui souhaitent s’installer en appartement individuel mais il y a un certain nombre de critères à respecter, ce qui les rend difficiles à obtenir. De plus, il faut accepter de quitter le centre-ville.

Nous insérons dans cet article des témoignages de personnes qui vivent (ou ont vécu) dans un kommunalka.

Le système d'habitation en kommunalka persiste encore aujourd’hui à Saint-Pétersbourg

Adeline, étudiante française, stagiaire à Saint-Pétersbourg en 2016, a vécu dans un kommunalka sur la rue Sadovaïa pendant 4 mois :

« Je n’avais aucune idée du logement dans lequel j’allais vivre durant ces 4 mois, l’entreprise m’accueillant en stage prenant en charge le logement. En arrivant, c’est vrai que cela surprend, c’est quelque chose que l’on ne connaît pas du tout en France. J’ai eu un peu peur en voyant les murs décrépits du couloir commun mais la chambre dans laquelle je vivais avait été rénovée et était très propre. Je partageais le frigo avec une autre résidente et également la cuisinière et la machine à laver. J’ai beaucoup aimé cette expérience, j’ai pu vivre et discuter avec des russes. Tous les voisins étaient accueillants et gentils avec moi. Nous avons fait quelques soirées dans la cuisine lorsqu’il y avait des anniversaires, autour de verres de vodka évidemment et de chants russes. Je ne sais pas si je pourrais vivre en permanence dans ce genre d’appartement mais j’en garderai un très bon souvenir et je sais où aller quand je reviendrai à Saint-Pétersbourg ».

Ekaterina, responsable des marchés allemand et anglais au sein de notre agence, habite dans un kommunalka depuis un an sur la rue Sadovaïa :

« Je vis dans ce type d’appartement depuis un an déjà. Je peux dire que, contrairement à ce que beaucoup peuvent dire, ce n’est pas étrange d’y habiter. Comme beaucoup de choses, il y a kommunalka et kommunalk. J’ai vu tellement d’appartements où mes cheveux se sont dressés sur la tête : de vieilles réparations, la douche dans la cuisine et certains ont souvent des problèmes de voisinage, ce qui rend l’ambiance déprimante.
Dans notre appartement communautaire, cela se passe autrement : l’endroit est propre, on établit un planning pour déterminer qui est responsable des tâches ménagères. Les voisins sont tous amicaux, à chaque anniversaire et autres fêtes, nous nous retrouvons dans la cuisine. Tout est bien organisé. Nous avons même des animaux : trois chats et un chien. Je trouve que j’ai beaucoup de chance d’être dans cet appartement, en particulier avec mes voisins. Je suis à deux minutes à pied du métro, toutes les attractions touristiques, magasins, banques, salons de beauté et mon lieu de travail sont tout près, ce qui fait que je ne prends que très rarement le métro. Dans les points négatifs, je peux citer les quelques désaccords qui peuvent intervenir entre voisins mais après la pluie vient le beau temps ! »

Ekanerina vit dans un appartement communautaire depuis 2010 avec son mari et leur enfant :

« Pendant tout le temps où nous avons vécu à Saint-Pétersbourg avec mon mari, nous avons habité dans une kommunalka. Nous souhaitions vivre dans le centre historique de la ville et non pas dans les nouveaux quartiers résidentiels. Or, le prix de l’immobilier dans le centre est cher, nous ne pouvions louer un appartement. C’est pourquoi nous avons acheté une chambre, nous vivons en plein centre-ville, dans un bâtiment construit en 1836, dans un lieu chargé d’histoire, où les écrivains russes ont puisé leur inspiration. Nous vivons actuellement dans le quartier de la place Sennaïa, où se déroule l’histoire du célèbre roman de Dostoïevski « Crime et Châtiment ».
Dans tous les appartements communautaires, le critère principal pour s’y sentir bien n’est pas vraiment le confort mais l’entente avec les autres voisins. J’ai déjà eu l’occasion de vivre dans des kommunalka où les personnes ne pouvaient s’entendre car elles ne trouvaient pas de langage commun et commençaient à se haïr. Souvent, ces appartements ont de vieilles réparations qui datent de l’époque soviétique, le couloir est en général recouvert de différents papier peint puisque tout le monde colle le papier peint de sa chambre. Dans la chambre, habituellement, chacun s’occupe des éventuels travaux à apporter. Aujourd’hui, nous avons de très bons voisins, surtout des jeunes, avec des intérêts communs, il est donc facile de communiquer. Nous essayons de nous soutenir mutuellement dans les moments difficiles. Nous fêtons les anniversaires et autres fêtes dans la salle commune (dans la cuisine, autour d’un verre, nous apportons chacun à manger et nous chantons des chansons). Ce sont habituellement des étudiants ou des gens qui aiment l’histoire qui habitent dans des kommunalka. Par exemple chez nous, il y a deux artistes et trois philologues. Bien sûr, nous rêvons tous d’avoir un appartement individuel mais le prix d’un tel appartement dans le centre-ville est trop élevé. J’aime beaucoup notre quartier, il y a beaucoup de canaux, de ponts, de bâtiments historiques, de cathédrales. En sortant de l’appartement, on arrive directement au bord du canal, ou bien on peut faire une promenade dans le jardin du palais Youssoupov. Voici les raisons pour lesquelles nous avons décidé d’habiter dans une kommunalka. »

La kommunalkas est un appartement partagé en Russie

Julia, responsable du développement en Asie centrale, au sein de Russieautrement, habite dans un kommunalka depuis 15 mois sur la perspective Ligovskiï :

« La kommunalka que j’habite est un appartement communautaire du XXIème siècle.
Ma kommunalka est composée de cinq chambres dont deux disposent d’une cabine de douche et de WC privatives. Pour les trois autres chambres il y a une cabine de douche collective, les trois WC séparés avec des lavabos. De cette manière, les locataires de chaque chambre ont des toilettes individuelles, ce qui est très important, en particulier, le matin =)
Il y a une cuisine collective où l'on prépare les repas, mais pas de grande table pour manger tous ensemble. Les chambres sont petites, environ 12x13 mètres carrés, mais elles sont toutes propres et bien aménagées: lit, placard, petite table avec chaises, commode, frigo… TV écran plat. Quel luxe ! =) Oui mais le « luxe » a un prix, le loyer des kommunalkas « modernes » coûte bien évidemment plus cher que celles de l’époque.
En ce qui concerne les voisins, ils sont sympas. Vu qu’il ne s’agit pas de personnes qui n’ont pas de mon âge, on ne se réunit pas ensemble pour faire la fête ou célébrer les anniversaires mais nos rapports sont vraiment bons.
Comme dans chaque kommunalka, nous avons un planning ménage, c’est-à-dire la liste des rangements et des tâches ménagères à faire pour chaque chambre.
Pour terminer, il faut noter que ma kommunalka se situe dans la Maison Pertseva (1910-1912) qui fait partie de la liste des monuments d’architecture et d’urbanisme de Saint-Pétersbourg.
Étant donné qu’il s’agit du centre ville, de la proximité de la station de métro et de la gare, des centres commerciaux, des restos, etc, le quartier est très animé, même trop… par des touristes, des Pétersbourgeois et parfois même par des alcooliques et des vagabonds qui font la java à la différence de mes voisins =)
Malgré tout, j’apprécie mon petit « nid » dans la kommunalka de la nouvelle génération. »

Nous espérons que cet article vous aura permis de comprendre le quotidien de quelques russes. Ces appartements font maintenant partie de la culture russe. Ils contrastent parfaitement avec l’image romantique des villes telles que Saint-Pétersbourg ou Moscou.