Au-delà du Cercle polaire : Journée chez les Samis (IIe partie)

Dans notre article précédent « Voyage au-delà du Cercle polaire », vous avez découvert la ville de Mourmansk avec ses sites incontournables. Aujourd’hui, nous vous invitons à poursuivre ce voyage avec une journée de visite du peuple Sami, dans un village à Lovozero, à quelques 150 km au sud-est de Mourmansk.

Voyage au-delà du Cercle polaire de Russieautrement

Les Samis, Sâmes ou Sames, ou encore Lapons, sont un des plus grands peuples autochtones du nord de la Scandinavie. Aujourd’hui, la population des Samis représente environ 60 à 80 000 personnes, approximativement réparties dans le Nord de la Norvège, la Suède, la Finlande et la péninsule de Kola en Russie. Il s’agit d’une ancienne région boréale la Laponie, autrement appelé « le pays des Samis », qui a donné naissance au terme « Lapon ».

Bon à savoir : L’appellation « Lapon » est un peu familière et pratiquement désuète de nos jours. En suédois, « lapp » signifie « porteur de haillons », c’est la raison pour laquelle on parle plutôt du peuple Sami ou des Sames (Sâmes).

La langue same est d’origine finno-ougrienne, elle est divisée en 3 langues différentes et plusieurs dialectes qui varient en fonction de la région. Les Samis de la presqu’île de Kola parlent le same de Kildin du groupe de l’Est, la seule langue same s’écrivant avec l’alphabet cyrillique. Aujourd’hui, les Sâmes de la péninsule de Kola parlent également la langue russe.

Les Sames, l'un des plus grands groupes indigènes en Europe

À l’origine, la pêche, la chasse et la renniculture, ou l’élevage du renne, étaient les activités traditionnelles de ce peuple principalement nomade et semi-nomade. La particularité de l’élevage same est le pâturage libre qui consiste à laisser en permanence le troupeau sur les prairies. En dehors de la pêche en mer, les Samis pratiquaient aussi, à l’intérieur de leurs terres, la chasse, la pêche en eau douce et la cueillette des baies arctiques et des herbes variées. De nos jours, environ 8 à 10% de Sâmes vivent encore de ces activités.

La langue same de Kildin du groupe de l’Est

Les Samis de Russie occupent principalement le Nord de la péninsule de Kola de la région de Mourmansk et constituent une communauté composée d’environ 2 000 personnes. On y compte une centaine de familles composées uniquement de membres de cette communauté et environ 300 familles dont un membre minimum est d’origine Sâmi.

Lovozero est une localité rurale de la région de Mourmansk, mais c’est aussi le chef-lieu du district de Lovozero, situé près du lac du même nom. Il s’agit d’un important foyer de la culture sâmes de la région où se trouve l’association des Samis de Russie. Chaque année, divers fêtes et festivals sames y sont organisés, comme, par exemple, la Journée nationale des Sames le 6 février.

Les festivités populaires des Samis

Notre équipe s’est fait un devoir de se rendre à Lovozero pour découvrir ce peuple peu nombreux, et faire la connaissance de leur culture et de leurs traditions. Le second jour de notre séjour à Mourmansk, nous avons décidé d’aller à Sàme Syyyt, c’est-à-dire le « village des Sâmes », au milieu de la toundra et des forêts de pins

Russieautrement est en cours de route pour le village des Samis (au mois de mai!)

Après 3h de route (qui est belle, regardez les photos ci-dessous) en partant de Mourmansk, nous sommes arrivés dans un camp où se trouvait une importante communauté de Samis de la région. Notre équipe a été accueillie par son chef, un Sâme de 60 ans environ, qui a présenté sa famille et puis son camp. Devant l’entrée dans la maison de bois, le drapeau national same flottait au vent, signe que nous étions sur « la terre des Samis ».

Le drapeau national same Bon à savoir : Les couleurs du peuple Same, rouge, verte, jaune et bleue, sont représentées dans leur drapeau adopté en 1986. Le cercle de la partie rouge du drapeau représente le soleil et celui de la partie bleue, la lune. Les couleurs unies par l’anneau symbolisent l’unité des Samis de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de la Russie.

L’intérieur de l’habitat sami

Le chef de la communauté nous a invités dans une belle maison de bois, du genre salon-restaurant, au charme authentique traditionnel. Un salon douillet avec un four russe traditionnel dont les murs étaient décorés de fourrures, d’armoiries samis, costumes nationaux, etc. A l’intérieur, le chef Sâme nous a racontés l’histoire de son peuple et des diverses communautés de nos jours, leurs différences entre les langues, us et coutumes, etc.

Les balades en traîneau de rennes

Bon à savoir : Il faut préciser que « Sàme Syyyt » est un camp touristique avec l’infrastructure nécessaire et les services d’hébergement pouvant accueillir les voyageurs : les chambres d’hôtes où ils peuvent se loger, le restaurant, le bania traditionnel. On y organise également des promenades en quad et en traîneau, des excursions dans les fermes aux rennes, huskies et renards polaires.

Nous sommes ensuite allés découvrir l’allée des idoles sâmes pour faire des vœux, après avoir préparé au préalable les cinq pièces de monnaie, devant servir d’offrandes aux esprits. Aujourd’hui, les Samis de la péninsule de Kola sont des chrétiens orthodoxes, mais ils continuent néanmoins de vénérer le culte des dieux et des animaux et de pratiquer des rites chamaniques.

L’allée des 9 idoles sâmes

Les premières quatre idoles symbolisaient les quatre éléments, c’est-à-dire la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu (le Soleil), les autres statues étaient dédiées au Bonheur, à la Santé, à l’Amour, au Succès et au Destin. On devait donc faire une offrande sous forme d’une pièce de monnaie de couleur jaune (très important !), embrasser ou toucher chaque statue avec la main droite ou gauche ou encore la tête et faire un vœu sincère.

Sur l’allée des idoles sâmes pour faire des vœux

A proximité de l’allée, on a découvert les tchoum, une sorte de tente conique en peau de renne à l’image du tipi américain, encore répandu chez les Samis nomades.

Le tchoum, tente traditionnelle, de forme conique recouverte de peaux de renne

Après ce rite (qui paraît bizarre sur la photo =)), nous avons rendu visite aux animaux domestiques : drôles de huskies, renards polaires y compris de rares renards bleus, des lapins tous mignons (qui mangent du saucisson!). On a visité également la ferme aux rennes et on leur a donné du lichen à manger. Qu’est qu’ils sont beaux, surtout les petits !

Le renne est au cœur du peuple Samis. Depuis l’antiquité, il joue un rôle important pour le peuple Same, car il fournissait la nourriture (viande, produits laitiers …), la fourrure, l’os, les matières premières des objets usuels etc. Les Sâmes transmettaient leurs connaissances du renne par l’enseignement formel, mais aussi par le contact direct d’une génération à l’autre.

Russieautrement visite la ferme aux rennes chez les Samis

Bon à savoir : Si les Sâmes d’aujourd’hui ont accès à toutes les technologies modernes, les éleveurs en revanche continuent encore d’attraper les rennes au lasso. Même domestiqués, les rennes restent sauvages et, s’ils viennent manger dans la main, ils ne se laissent pas attraper facilement pour autant.

À « Sàme Syyyt », en fonction de la saison, on propose diverses activités : balades en traîneau de rennes ou huskies, motoneige, promenades en quadricycle, jeux populaires et bien d’autres. Entre collègues, nous avons découvert la joie d'une balade en quad aux alentours du village dans des cadres exceptionnels et naturels, et nous avons pu nous essayer aux jeux populaires samis.

Les safaris en traîneau de huskies chez les Sâmes

Après une bonne séance d’activités en plein air, nous avons poursuivi notre excursion avec la découverte gastronomique. Dans le salon-restaurant, nous avons dégusté du pain de Lovozero fait maison (Mmm, très bon !) et de la soupe au saumon sâme, appelé Lim. On nous a servi également du Pakoula, tisane de lichen, qui a la propriété de réchauffer le corps.

La dégustation de la soupe au saumon sâme, du pain de Lovozero et de la tisane de lichen

Après notre dégustation, on s’est offert un souvenir du séjour avec une séance photo en tenue traditionnelle samie. L’habit traditionnel est un symbole important de l’identité sami. D’autre part, le costume national des Samis de la péninsule de Kola a subi des changements sous l’influence de la culture russe.

Chez les Sames, les costumes traditionnels diffèrent principalement selon les saisons (l’hiver ou l’été), qui à leur tour sont subdivisés en vêtements de tous les jours et de fêtes. Les costumes varient également selon la région ayant des modèles différents pour les hommes et les femmes.

Les couleurs dominantes sont celles de leur drapeau : le rouge, le jaune, le bleu et le vert. On les retrouve dans les surcots, appelés gàkti, qui sont portés de nos jours à l’occasion des fêtes et des célébrations traditionnelles.

Les costumes traditionnels des Samis

Les Samis de la péninsule de Kola portaient les Ïupa, composés d’une longue tunique décorée d’étoffe, de graines de verre ou de rubans que l’on porte avec une ceinture tissée en laine ou en cuire. À la ceinture l’homme portait un couteau, le porte-monnaie, les amulettes ; tandis que les femmes accrochaient les clés ou le matériel de couture.

En hiver, on portait par-dessus le petchok ou peska, un long manteau en peau de renne et un col fourrés destiné à protéger du vent. Les pantalons étaient souvent en toile, en drap ou en peau de daim.

La peau des rennes et la fourrure étaient utilisées pour la fabrication de vêtements, mais surtout des couvre-chefs et des chaussures. Les hommes portaient un chapeau doublé de fourrure de renne ou le bonnet pointu à pompon.

Russieautrement en costume national same

Les femmes mariées portaient la coiffure traditionnelle chamchoura qui ressemblait au kokochnik russe, haute en pointe ou arrondie, avec des pompons sur les oreilles. Les jeunes filles non mariées portaient principalement la coiffure en forme de cylindre que l’on couvrait d’un foulard. Les coiffures de fêtes étaient décorées d’étoffe ou de perles.

Les chaussures traditionnelles étaient en cuir et en peau de renne. Pendant la période hivernale, on portait de hautes bottes, appelées « ïari » ; en été et au printemps, les « kan’gui », de courtes bottes en peau issue des pieds des rennes avec des bouts pointus. L’herbe séchée servait de semelles pour les chaussures.

Les Samis ont également emprunté des vêtements du costume traditionnel russe : le caftan pour les hommes, le sarafan (robe droite sans manche) et les foulards de tête pour les femmes.

Avant de partir, notre équipe a eu envie d’acheter quelques souvenirs traditionnels sâmes. Les produits de l’artisanat sami, appelés duodji, sont à base de matériaux naturels (corne, os, peau de renne, bouleau et d’autres). Nous avons choisi quelques amulettes de chaman faites en corne de renne pour éloigner toutes formes de négativité et apporter bonne fortune, ce qui pourrait nous être utile pour la suite de notre voyage au-delà du Cercle polaire.

Russieautrement pousuit son voyage vers Teriberka, village au bout du monde

Chers amis, nous vous remercions du temps que vous avez consacré à lire notre carnet de route. Nous vous invitons à poursuivre cette aventure dans le Grand Nord de Russie avec notre prochain article qui sera consacré à Teriberka, village au bout du monde, situé au bord de la mer de Barents.